Quelques réflexions suite au stimulant article de Olivier Tonneau, blogueur à Médiapart : "Populiste ou Jacobin ?". O.Tonneau critique les thèses de Chantal Mouffe. Il affirme que ces thèses prônent un "populisme de gauche". Remarquons que la notion de populisme n'est revendiquée explicitement par personne. En revanche "populiste" est devenu une sorte d'insulte qui est adressé à beaucoup de monde sans que toutes et tous méritent cette insulte. Cette insulte n'est par ailleurs pas bien définie, comme n'est pas bien défini le concept de populisme lui-même.

Point de départ de l'article : O.Tonneau dit que C.Mouffe nous invite à différencier les adversaires des ennemis et donc transformer les antagonismes en agonismes, antagonismes opposant des ennemis, agonismes opposant des adversaires. En somme, l'agonisme serait un antagonisme soft.

Il y a des points forts dans la réflexion de O.Tonneau et sa critique doit être examinée attentivement. J'encourage tout le monde à lire l'article, en accès libre, sur le site de Médiapart.

Il me semble pourtant qu'il est nécessaire de sortir d'une confusion qui court tout le long de l'article. Confusion entre classes sociales d'une part et partis, mouvements politiques, qui représentent plus ou moins bien ces classes sociales d'autre part. Il est banal de constater que l'appartenance à une classe sociale n'est pas un sentiment individuel qui va de soi. En revanche, la satisfaction ou l'insatisfaction des intérêts d'une classe sociale impâctent lourdement la destinée individuelle, souvent largement en dehors de la conscience individuelle. C'est le rôle des partis et mouvements politiques d'œuvrer, avec plus de conscience individuelle et collective, pour la défense des intérêts de classe.

Il me semble donc que la société évolue d'abord par une sorte de tectonique, classe contre classe ou alliance de classes, et qu'ensuite les partis et mouvements politiques adaptent leur discours à ce mouvement. Remarque importante : la métaphore "tectonique des plaques" s'arrête là car les politiques peuvent influer sur le cours de la tectonique des classes.

Pour envisager une stratégie politique gagnante pour les classes populaires il est donc nécessaire d'analyser les oppositions d'intérêts entre classes, les possibilités d'alliances d'intérêts entre classes. Il est clair que les intérêts de la classe capitaliste et ceux des classes populaires sont irrémédiablement opposés. En ce sens la classe capitaliste est l'ennemi des classes polpulaires. Mais dans la conduite politique pour la victoire des classes populaires il faut envisager, construire, provoquer des alliances avec d'autres forces politiques. Cela ne peut se faire évidemment que pour des objectifs relativement limités mais qui donnent à la stratégie de victoire des points d'appui essentiels.

C'est la voie démocratique et pacifique pour le changement de société .

Aujourd'hui les classes populaires ne sont pas suffisamment représentées au niveau politique.

Première raison : le fait déjà indiqué que les intérêts de classe ne sont pas naturellement identifiés au niveau personnel, d'où l'abstention massive aux élections et la faible représentation au niveau législatif des partis politiques qui portent la défense de ces intérêts.

Deuxième raison, qui alimente aussi l'abstention : les échecs de l'expérience soviétique, les difficultés et les impasses des pays qui se sont engagés dans une transformation anticapitaliste de la société, les difficultés et les impasses des pays de l'Union Européenne étranglés par la dette, l'exemple grec étant le plus dévastateur, les trahisons des partis "socialistes" dans plusieurs pays.

Le système médiatique dominant œuvre à plein temps pour que la conscience individuelle soit retardée et pour que les raisons des difficultés ne soient pas identifiées.

L'action politique anticapitaliste doit donc toujours avoir comme premier souci l'impact médiatique. Ce n'est pas un appel à la modération, bien au contraire.