Une vidéo a circulé récemment sur Facebook montrant J-L Mélenchon en 2002 se prononcer pour l'union de la gauche à la présidentielle, critiquant les candidatures de personnalités de gauche qui allaient affaiblir le candidat Jospin. L'intention de la vidéo était de montrer que Mélenchon a changé de discours, qu'il est inconséquent. Sur la forme de cette intention relevons le ridicule de comparer les positions à plus de seize ans d'écart sur des situations complètement différentes. Sur le fond, les partis et mouvements qui avaient soutenu le gouvernement Jospin, en particulier le Parti Communiste qui avait participé à ce gouvernement, et qui présentent des candidats contre Jospin ne sont pas très soucieux de la compréhension que leur électorat, et l'électorat en général, peut avoir de leur ligne politique. Le résultat catastrophique de la présidentielle de 2002 fut au rendez-vous de l'incohérence.

Dans la suite de l'incohérence de la direction du Parti Communiste on peut se rappeler les élections municipales de 2014. Après avoir formé le Front de Gauche, avoir soutenu J-L Mélenchon en 2012, la ligne politique se brouille. La juste critique de la politique Hollande, qui aurait mérité plus de sévérité, s'accompagne d'accords honteux dans plusieurs villes importantes dirigées par des socialistes. L'argument, irréel d'incongruité, c'est qu'il s'agit de politique locale, alors que la politique Hollande affaiblit lourdement les finances locales. La gestion des élections régionales qui ont suivi est restée dans les mêmes ornières : l'électeur est largué entre alliances avec un Parti Socialiste, dont on combat à juste titre la politique nationale de son gouvernement, et mésalliance avec des formations politiques dont on partage les justes combats.

Passons à la dernière élection présidentielle. Début 2016 la direction du Parti Communiste semble se conformer à l'idée d'une primaire de toute la gauche. Ce choix, opportuniste, vise une possible victoire de Montebourg avec qui il serait possible de gouverner ensuite. Mais J-L Mélenchon n'est pas d'accord avec cette idée de primaire. Pendant plusieurs mois la direction du Parti Communiste a essayé de faire pression pour que J-L Mélenchon participe à la primaire. Il a fallu un vote des adhérents pour que le Parti Communiste soutienne officiellement la candidature de J-L Mélenchon, ce vote allant à l'encontre d'un vote des instances dirigeantes : on peut appeler cela démocratie, mais un minimum de cohérence ne ferait pas de mal. Cette incohérence a continué tout au long de la campagne électorale. En novembre un document d'économistes du Parti Communiste s'intitule "Le programme de Mélenchon va à l'encontre de ce pourquoi nous combattons". Curieusement et heureusement ce document est resté confidentiel mais sa parution est tout de même significative d'incohérence et de plus dans une forme inacceptable : on qualifie J-L Mélenchon de national-populiste.

L'Humanité fait un service minimum de soutien au candidat choisi par la base communiste. Exemple : un des thèmes principaux du programme de Mélenchon est l'écologie. Pendant toute la campagne sur le site du journal on voit en bonne position une vidéo de Gérard Le Puill, spécialiste (autoproclamé ?) d'écologie, expliquer que les propositions de Mélenchon sont foutaise.

Depuis l'élection de Macron les positions du Parti Communiste et de la France Insoumise divergent. La France Insoumise soutient que l'unité doit se faire dans les luttes, sur des objectifs clairs. Mais une unité de sommet entre organisations ne peut s'envisager que si on a des positions communes sur des sujets fondamentaux. L'Union Européenne, le nucléaire, l'Assemblée Constituante en sont certains sur lesquels il n'y a pas de consensus.

Les divergences sont faites pour être surmontées mais pas pour être cachées.

L'incohérence est peut être le résultat d'une ligne politique tortueuse sous l'effet d'un déclin inexorable.

Le communisme politique est à réinventer.